Morgan Dutemple
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Numérique

OSINT cryptomonnaies : tracer des fonds sur la blockchain avec Etherscan et Arkham

pièce de bitcoin posée sur une carte mère d'ordinateur
Photo par Michael Förtsch sur Unsplash
Morgan Dutemple
·Delivery Manager, conduite du changement & IA

Le traçage blockchain, un outil d'enquête désormais routinier

Le 21 juillet 2026, le bureau du procureur fédéral américain de Washington et les services secrets des États-Unis annoncent la saisie de plus de 25 millions de dollars en cryptomonnaie, fruit de plusieurs enquêtes menées par leur groupe de travail sur la cyberfraude. Quelques semaines plus tôt, entre fin mai et mi-juin 2026, une opération Europol baptisée « Torch » a conduit à l'arrestation de 28 hommes dans sept pays, grâce à une méthode développée par les autorités norvégiennes pour retracer les paiements en cryptomonnaie utilisés pour accéder à des plateformes pédocriminelles clandestines.

Ce que ces deux affaires ont en commun dépasse le cadre judiciaire : elles reposent sur une propriété fondamentale des blockchains publiques (Bitcoin, Ethereum) que peu de gens réalisent en les utilisant. Contrairement à un virement bancaire classique, chaque transaction est inscrite de façon permanente et publique dans un registre que n'importe qui peut consulter, gratuitement, sans autorisation ni mandat judiciaire.

Cas d'usage : consulter l'historique complet d'une adresse Ethereum (Etherscan)

Etherscan fonctionne comme un moteur de recherche pour la blockchain Ethereum. Il se connecte en continu au réseau via le protocole RPC, indexe chaque bloc, chaque transaction et chaque interaction avec un contrat intelligent, puis présente le tout dans une interface lisible. Il suffit de saisir une adresse (une suite de caractères commençant par 0x) pour voir son solde actuel, la valeur de ses avoirs en dollars, la liste complète de ses transactions entrantes et sortantes, et les jetons qu'elle détient.

Fiche d'une adresse Ethereum publique sur Etherscan, affichant le solde en ETH, sa valeur en dollars, les jetons détenus et l'historique des transactions les plus récentes

Usage légitime : vérifier qu'une adresse reçue avant un paiement en cryptomonnaie correspond bien à l'historique attendu, ou remonter la chaîne de transactions qui a mené des fonds volés d'une plateforme vers une autre.

Avantages : totalement gratuit et sans compte, aucune limite de consultation, couvre non seulement les paiements simples mais aussi les interactions avec des contrats intelligents (échange, prêt, jetons non fongibles).

Limites : une adresse Ethereum n'est pas nominative par défaut, il faut recouper avec d'autres sources (une plateforme d'échange qui a publié l'adresse, une fuite de données) pour l'associer à une identité réelle. Etherscan ne couvre que le réseau Ethereum, pas Bitcoin ni les autres blockchains.

Cas d'usage : identifier qui se cache derrière une adresse (Arkham)

Arkham va plus loin qu'un simple explorateur en s'attaquant directement au problème du pseudonymat : relier des adresses blockchain à des entités réelles (entreprises, plateformes d'échange, personnalités publiques, organismes sanctionnés). La plateforme revendique plus de 3 milliards d'étiquettes d'adresses et plus de 750 000 profils d'entités identifiées, construits en croisant des données publiques, des fuites, et des contributions communautaires.

Page d'accueil d'Arkham Research, avec des analyses en temps réel sur l'activité blockchain et un ticker de prix crypto en direct daté du 24 juillet 2026

Usage légitime : identifier si une adresse impliquée dans une actualité (un piratage, une saisie judiciaire) appartient à une plateforme d'échange connue, une entreprise cotée, ou un portefeuille déjà associé à une activité signalée. Pour l'entité elle-même, la méthode pour vérifier une entreprise avant de contracter prend le relais.

Avantages : transforme des adresses anonymes en informations exploitables sans compétence technique pointue, couvre plusieurs blockchains à la fois (pas seulement Ethereum), interface visuelle pensée pour l'investigation.

Limites : les étiquettes d'identité reposent en partie sur des contributions communautaires et des recoupements automatisés, donc pas toujours certifiées ; certaines fonctionnalités avancées de suivi et d'alerte restent réservées à un abonnement payant.

Pourquoi une blockchain publique n'est pas anonyme

Le malentendu le plus fréquent sur les cryptomonnaies est de les croire anonymes. Bitcoin et Ethereum sont pseudonymes, pas anonymes : chaque transaction reste visible et traçable indéfiniment, liée à une adresse plutôt qu'à un nom. C'est précisément cette propriété que la méthode norvégienne utilisée dans l'opération Torch a exploitée : remonter, transaction après transaction, du paiement d'accès à une plateforme clandestine jusqu'à une plateforme d'échange régulée qui, elle, connaît l'identité réelle de son client. C'est le même principe, gratuit et accessible à tous via Etherscan, qui permet à n'importe qui de vérifier une adresse suspecte avant d'y envoyer des fonds.

Ce que ces deux outils ont en commun

Etherscan et Arkham s'appuient tous deux sur la même donnée de base, publique par construction : le registre complet et immuable d'une blockchain. Etherscan la rend lisible transaction par transaction, Arkham y ajoute une couche d'identification des entités réelles derrière les adresses. Aucun des deux ne pirate ni ne contourne quoi que ce soit : la traçabilité est une propriété native des blockchains publiques, pas une faille exploitée par ces outils.

Pour aller plus loin : OSINT, outils accessibles et cas d'usage concrets

Questions fréquentes

Toutes les cryptomonnaies sont-elles traçables de la même façon ?

Non. Bitcoin et Ethereum sont pseudonymes et entièrement traçables via des explorateurs publics. Certaines cryptomonnaies dites « de confidentialité » comme Monero chiffrent les détails des transactions par conception, ce qui rend le traçage classique inopérant, même si des méthodes de police spécialisées commencent à en contourner certains aspects.

Faut-il des compétences techniques pour utiliser Etherscan ou Arkham ?

Non, les deux outils sont accessibles depuis un navigateur, sans installation ni compte obligatoire pour la consultation de base. Comprendre les résultats demande en revanche de connaître quelques notions simples (adresse, transaction, contrat intelligent), détaillées directement dans les interfaces.

Pourquoi les cryptomonnaies ont-elles une réputation d'anonymat si tout est traçable ?

Parce que la création d'une adresse ne demande ni pièce d'identité ni autorisation, contrairement à un compte bancaire. L'anonymat perçu vient de cette absence de barrière à l'entrée, pas de l'invisibilité des transactions elles-mêmes, qui restent publiques et consultables par n'importe qui, indéfiniment.

Morgan Dutemple

À propos de l'auteur

Morgan Dutemple

Delivery Manager à Rennes. Je pilote des projets de transformation digitale, SEO/GEO et accessibilité RGAA pour des clients grands comptes. Ce blog est le reflet de ce que je rencontre sur le terrain.