OSINT maritime : suivre la flotte fantôme russe avec MarineTraffic et VesselFinder
Une campagne navale qui rend le suivi des navires plus concret que jamais
Début juillet 2026, le commandant ukrainien Robert « Magyar » Brovdi annonce que ses forces ont frappé 95 navires russes, dont 36 pétroliers, en seulement quatre jours. Neuf jours plus tard, le bilan grimpe à 116 navires touchés. Ces cibles appartiennent en grande partie à ce qu'on appelle la flotte fantôme russe : un ensemble d'environ 1 000 pétroliers, soit près de 10 % de la flotte pétrolière mondiale, qui changent fréquemment de pavillon, falsifient leurs documents et éteignent leur transpondeur pour continuer à exporter du pétrole russe malgré les sanctions occidentales. Le 20 juillet 2026, l'opération européenne EUNAVFOR MED IRINI a arraisonné en Méditerranée le pétrolier MV South Star, suspecté de naviguer sous faux pavillon.
Cette actualité illustre directement ce que l'OSINT maritime permet de faire depuis un navigateur, gratuitement : suivre un navire en temps réel, et repérer les comportements qui trahissent une tentative de dissimulation.
Cas d'usage : suivre le trafic maritime mondial en direct (MarineTraffic)
MarineTraffic exploite le système AIS (Automatic Identification System), un transpondeur que l'Organisation maritime internationale rend obligatoire sur tous les navires de plus de 299 tonneaux de jauge brute. Chaque navire équipé diffuse en continu sa position, sa vitesse, son cap et son identité. Plus de 3 000 stations de réception terrestres, réparties dans le monde entier, captent ces signaux et alimentent une carte consultable gratuitement, répertoriant plus de 550 000 navires actifs ou désaffectés. Une carte reste une carte : voir ce que les globes OSINT ne disent pas.

Usage légitime : suivre la position d'un navire précis mentionné dans une actualité (un pétrolier sanctionné, un cargo bloqué dans un détroit stratégique), ou observer la densité du trafic dans une zone sensible.
Avantages : couverture mondiale dense sur les zones côtières, base de plus de 550 000 navires répertoriés, interface très accessible sans compétence technique.
Limites : depuis 2023, MarineTraffic a progressivement placé l'historique de trajet des navires derrière un abonnement payant ; la couverture satellite en haute mer, hors de portée des récepteurs terrestres, reste également réservée aux comptes payants.
Cas d'usage : consulter l'historique d'escale d'un navire (VesselFinder)
VesselFinder repose sur le même principe technique que MarineTraffic (réception AIS terrestre et satellite), mais adopte une politique d'accès gratuit plus généreuse : la recherche par nom de navire, numéro IMO ou MMSI donne accès à la position actuelle, la route récente, la destination déclarée, et surtout l'historique des escales portuaires, une donnée que MarineTraffic restreint désormais aux comptes payants.

Usage légitime : vérifier les ports récemment visités par un navire suspecté de contournement de sanctions, ou confirmer qu'un navire annoncé comme en provenance d'un port précis y a bien fait escale.
Avantages : historique d'escale accessible gratuitement, fiche technique détaillée par navire (dimensions, année de construction, pavillon), compte gratuit pour créer une liste de suivi personnelle.
Limites : comme pour tout suivi AIS, un navire qui éteint volontairement son transpondeur disparaît purement et simplement de la carte, sans alerte ni indication de sa dernière position réelle.
Le signal qui compte autant que la position : le silence AIS
La flotte fantôme russe illustre un point méthodologique central en OSINT maritime : l'absence de signal est elle-même une donnée. Un pétrolier qui éteint son AIS à l'approche d'eaux sensibles, avant un transfert de cargaison en pleine mer ou pour changer de pavillon en cours de route, laisse un trou dans sa trajectoire enregistrée. Recouper ce silence avec la dernière position connue, le port de destination déclaré et, éventuellement, une image satellite Copernicus de la zone au moment supposé du passage (voir le spoke géospatial de ce dossier) permet parfois de reconstituer ce qu'un navire a cherché à dissimuler.
Ce que ces deux outils ont en commun
MarineTraffic et VesselFinder reposent sur les mêmes signaux publics, diffusés volontairement par les navires eux-mêmes pour des raisons de sécurité maritime, puis recoupés par un réseau mondial de récepteurs. C'est exactement la même logique que Flightradar24 pour l'aviation, appliquée au trafic maritime : aucun accès privilégié, seulement une capacité d'agrégation et de visualisation à grande échelle.
Pour aller plus loin : OSINT, outils accessibles et cas d'usage concrets, OSINT géospatial : suivre les lieux et les mouvements avec Copernicus et Flightradar24, et Mer Noire : comment l'Ukraine a fait plier la flotte russe
Questions fréquentes
Peut-on savoir où se trouve un navire qui a éteint son AIS ?
Pas directement. On peut seulement connaître sa dernière position connue avant la coupure, et éventuellement recouper cette information avec d'autres sources (imagerie satellite, ports d'escale probables, informations portuaires) pour estimer sa trajectoire probable.
Qu'est-ce que la flotte fantôme russe exactement ?
Un ensemble estimé à environ 1 000 pétroliers, soit environ 10 % de la flotte pétrolière mondiale, qui adoptent des pratiques de dissimulation (faux pavillons, transpondeurs éteints, transferts de cargaison en pleine mer) pour continuer à exporter du pétrole russe malgré les sanctions occidentales mises en place depuis 2022.
Faut-il payer pour suivre un navire précis ?
Non, la position en temps réel et les informations de base d'un navire restent gratuites sur MarineTraffic et VesselFinder. Les fonctions avancées (historique de trajet complet, couverture satellite en haute mer, export de données) sont réservées aux comptes payants sur MarineTraffic, mais VesselFinder conserve un historique d'escales gratuit plus étendu.
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À propos de l'auteur
Delivery Manager à Rennes. Je pilote des projets de transformation digitale, SEO/GEO et accessibilité RGAA pour des clients grands comptes. Ce blog est le reflet de ce que je rencontre sur le terrain.