Morgan Dutemple
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Numérique

Un vault Obsidian pour la veille : ce que j'ai vraiment construit, et pourquoi pas Notion

main tenant un stylo et prenant des notes sur une feuille blanche
Photo par Kelly Sikkema sur Unsplash
Morgan Dutemple
·Delivery Manager & Expert Transformation Digitale

J'ai fini par admettre un problème que je contournais depuis longtemps : l'essentiel de ma veille ne laissait aucune trace.

Ce que je publie, articles de blog, brèves, fiches d'outils, vit dans Notion, qui alimente directement ce site. Mais ce que je publie représente une fraction de ce que je lis et évalue. Un dépôt GitHub examiné puis écarté, un outil testé qui ne tient pas ses promesses, un article marquant qui ne justifie pas une brève à lui seul, une piste creusée pendant deux heures et abandonnée : tout cela disparaissait. Et je m'en apercevais surtout au pire moment, en recroisant six mois plus tard un sujet que j'avais déjà instruit sans pouvoir retrouver ce que j'en avais conclu.

J'ai donc construit un vault Obsidian dédié à la veille, à côté de Notion et pas à sa place. Voici ce que ça donne, et surtout pourquoi deux outils plutôt qu'un.

Le vrai problème : le déchet de veille a de la valeur

Il faut nommer correctement ce qui manquait, parce que la réponse en dépend.

Ce n'était pas un problème de stockage. Les liens, je les avais : marque-pages, historique, favoris. C'était un problème de jugement perdu. Quand j'écarte un outil, je produis une évaluation. Cette évaluation a coûté du temps et elle a une durée de vie bien plus longue que la décision qu'elle justifiait. Six mois plus tard, la vraie question n'est pas « comment s'appelait cet outil », c'est « pourquoi l'avais-je écarté, et est-ce que la raison tient toujours ».

Un dossier de liens ne répond jamais à cette question. Une base de données à plat non plus, en réalité, parce qu'elle range mais ne relie pas.

C'est le prolongement direct de ce que j'écrivais sur l'automatisation de la veille concurrentielle sans perdre le jugement : la collecte est le problème facile, celui que tous les outils résolvent. Le problème difficile est de conserver le raisonnement, pas la source.

La méthode ACE, et pourquoi elle convient mieux qu'un PARA pour de la veille

Je suis parti de la méthode ACE, telle que présentée par Optimike, qui l'adapte du cadre proposé par Nick Milo. Trois espaces, et rien d'autre à la racine :

Atlas, pour la connaissance. Les sources, les lectures, les synthèses, les concepts, les cartes de relations entre idées.

Calendrier, pour ce qui dépend du temps. Les notes quotidiennes, les points hebdomadaires, les décisions situées à un moment donné.

Efforts, pour ce qui appelle une action ou un investissement. Les domaines de responsabilité, les projets, les expérimentations, les chantiers qui ne méritent pas encore un cadre formel.

Le principe que j'ai retenu, et qui est le plus utile, tient en une phrase reprise de la source : la structure doit se mériter. On ne crée pas un dossier parce qu'il pourrait servir, on le crée quand l'absence de ce dossier devient douloureuse.

J'ai longtemps utilisé une organisation de type PARA, qui range par projet. Pour de la veille, elle m'a posé un problème récurrent : la veille n'appartient à aucun projet au moment où on la fait. Un article sur la souveraineté du cloud ne « sert » à rien de précis le jour où je le lis. Il devient utile trois mois plus tard, dans un article que je n'avais pas prévu d'écrire. Ranger par projet oblige donc à trancher une question à laquelle on ne peut pas répondre encore, et la note finit dans un fourre-tout d'attente qui ne se relit jamais.

ACE contourne cela en séparant la connaissance de l'action. Une lecture va dans Atlas parce que c'est une lecture, sans qu'on ait à décider à quoi elle servira. La question de l'usage est reportée au moment où elle se pose vraiment, ce qui est exactement le bon moment.

Le lien bidirectionnel, seul avantage vraiment décisif

Je pourrais faire l'essentiel de ce que je viens de décrire dans Notion. Dossiers, étiquettes, bases de données : tout cela existe. Ce qui m'a fait basculer tient à un mécanisme unique, le lien bidirectionnel.

Dans Obsidian, quand je cite une note depuis une autre, la note citée affiche automatiquement d'où elle est citée. Ce détail change la nature de l'outil pour de la veille.

Un exemple concret et récurrent chez moi. Je tiens une note sur la souveraineté numérique. Elle ne contient presque rien d'écrit par moi. En revanche, elle affiche la liste de toutes les notes qui la mentionnent : une lecture sur les hébergeurs européens, une autre sur les contrôles à l'exportation de puces, une évaluation d'outil écartée parce que l'éditeur n'offrait aucune garantie de localisation des données, une note de veille sur une décision réglementaire. Aucun de ces éléments n'a été rangé dans un dossier « souveraineté ». Ils s'y agrègent parce qu'ils mentionnent le concept.

C'est là que l'écart avec une base de données à plat devient flagrant. Dans une table Notion, chaque entrée existe dans sa ligne, et une étiquette « souveraineté » me rendrait la liste des entrées ainsi étiquetées : une requête, pas une vue. Le lien bidirectionnel, lui, me montre un thème en train de se former avant que j'aie décidé que c'était un thème. Pour un travail dont la matière première est la récurrence de sujets sur plusieurs semaines, c'est exactement la bonne propriété.

C'est d'ailleurs par ce mécanisme que je repère qu'un sujet est mûr pour un article. Quand une note de concept accumule sept ou huit rétroliens venus de semaines différentes, le signal est net, et il ne vient pas d'une intuition.

Pourquoi Notion reste, et pourquoi je n'ai pas tout basculé

C'est la question qu'on me pose, et la réponse est moins idéologique qu'on pourrait le croire.

Notion n'est pas ici un outil de prise de notes. C'est le système de gestion de contenu du site. Les articles y sont rédigés, dotés de leurs métadonnées, et le site les lit directement par l'API au moment de servir la page. Publier ou dépublier revient à cocher une case.

Remplacer cela par des fichiers markdown locaux supposerait de reconstruire toute la chaîne : un pipeline de build, une gestion d'images, un mécanisme de programmation des publications, l'internationalisation. Ce travail est parfaitement faisable, il est simplement sans bénéfice pour le lecteur. La question n'est pas « quel outil est le meilleur », elle est « quel problème je paie pour résoudre ». Migrer un CMS qui fonctionne pour gagner en cohérence d'outillage, c'est du confort d'ingénieur facturé en semaines.

La répartition qui s'est stabilisée est donc simple, et elle suit la frontière du public et du privé.

Obsidian contient ce qui est privé et exploratoire : la veille brute, les évaluations d'outils y compris négatives, les notes de lecture, les brouillons d'angles, les raisonnements abandonnés. Rien n'y est destiné à être publié tel quel.

Notion contient ce qui est destiné à être publié : articles, brèves, fiches d'outils retenues, avec leurs métadonnées de publication.

Le passage de l'un à l'autre est un moment éditorial explicite, et je trouve que cette frontière rend service. Elle m'oblige à décider consciemment qu'une chose mérite d'être publiée, au lieu de laisser un brouillon dériver vers la publication par simple inertie.

Local-first : ce que ça change réellement

Il y a un argument que je veux formuler sans le surjouer.

Un vault Obsidian est un dossier de fichiers markdown sur mon disque. Pas de format propriétaire, pas de dépendance à un service en ligne pour lire mes propres notes, pas de risque qu'une évolution tarifaire ou un arrêt de service rende dix ans de travail inaccessibles. Si Obsidian disparaissait demain, mes fichiers resteraient lisibles avec n'importe quel éditeur de texte.

C'est cohérent avec ce que je défends par ailleurs sur la chaîne de valeur du cloud souverain, et avec ce que la fragilité des archives en ligne m'a appris quand j'ai regardé les menaces qui pèsent sur la Wayback Machine : ce qu'on ne détient pas, on ne le contrôle pas.

Mais je maintiens la nuance, parce que l'argument local-first sert trop souvent à justifier des migrations coûteuses. Il vaut pour un corpus personnel qui s'accumule sur des années et dont la valeur croît avec le temps. Il vaut beaucoup moins pour du contenu publié, qui est de toute façon exposé publiquement et sauvegardé ailleurs. C'est précisément pour cela que la frontière passe où elle passe : le local-first pour ma matière première, un service en ligne pour ma vitrine.

Ce que je ferais différemment

Deux erreurs, puisque l'exercice n'a d'intérêt que si je les mentionne.

J'ai commencé par construire une arborescence trop complète, avec des sous-dossiers thématiques prévus à l'avance. La plupart sont restés vides pendant que les notes s'accumulaient ailleurs. C'est exactement ce que la règle « la structure doit se mériter » cherche à éviter, et j'ai dû me l'appliquer après coup en supprimant ce que je n'avais jamais utilisé.

J'ai aussi voulu tout capturer au début, y compris ce que je lisais en diagonale. Le vault s'est rempli de notes vides de contenu propre, de simples liens sans évaluation, qui sont exactement le problème que je cherchais à résoudre. Une note de veille sans phrase de jugement personnel ne vaut pas mieux qu'un marque-page. Je m'astreins désormais à une règle unique : pas de note sans au moins une ligne disant ce que j'en pense et pourquoi. Si je ne sais pas quoi écrire dans cette ligne, c'est que la note n'a pas lieu d'être.

Sources : Optimike, l'organisation ACE dans Obsidian · Linking Your Thinking, Nick Milo · Obsidian

Questions fréquentes

Faut-il choisir entre Obsidian et Notion ?

Pas nécessairement, et je pense que la question est mal posée. Les deux répondent à des besoins différents : Obsidian excelle sur un corpus personnel qui s'enrichit par les liens entre notes, Notion excelle comme base structurée et comme source de contenu pour un site. Dans mon cas, la frontière suit celle du privé et du public : la veille exploratoire d'un côté, ce qui est destiné à la publication de l'autre. Utiliser les deux ne coûte que si l'on duplique l'information, ce qui est justement à éviter.

Qu'est-ce que la méthode ACE ?

Une organisation en trois espaces racine : Atlas pour la connaissance, sources et concepts, Calendrier pour ce qui est situé dans le temps, notes quotidiennes et décisions, Efforts pour ce qui appelle une action, projets et chantiers. Elle vient de Nick Milo et j'en ai découvert l'adaptation francophone chez Optimike. Son principe directeur est que la structure doit se mériter : on ne crée un dossier que lorsque son absence devient gênante, jamais par anticipation.

Pourquoi pas simplement des étiquettes dans une base de données ?

Parce qu'une étiquette suppose de savoir à l'avance sous quel thème classer une note, alors qu'en veille le thème n'apparaît souvent qu'après coup. Le lien bidirectionnel fait émerger les regroupements sans décision préalable : une note de concept affiche automatiquement tout ce qui la mentionne, et voir des rétroliens s'accumuler sur plusieurs semaines est le signal le plus fiable que j'aie trouvé pour savoir qu'un sujet mérite un article.

Morgan Dutemple

À propos de l'auteur

Morgan Dutemple

Delivery Manager à Rennes. Je pilote des projets de transformation digitale, SEO/GEO et accessibilité RGAA pour des clients grands comptes. Ce blog est le reflet de ce que je rencontre sur le terrain.