Morgan Dutemple
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Numérique

OSINT géospatial : suivre les lieux et les mouvements avec Copernicus et Flightradar24

vue de la Terre et d'un satellite depuis l'espace
Photo par NASA sur Unsplash
Morgan Dutemple
·Delivery Manager & Expert Transformation Digitale

L'OSINT ne se limite pas au numérique

La majorité de ce dossier porte sur des traces laissées en ligne : pseudos, emails, visages, infrastructures. Mais l'OSINT couvre aussi une dimension physique, celle des lieux et des mouvements, avec deux familles d'outils gratuits et accessibles à tous : l'imagerie satellite et le suivi du trafic aérien. Ce sont les mêmes principes que le reste du dossier (sources déjà publiques, aucun accès non autorisé) appliqués à ce qui se passe au sol et dans le ciel plutôt que sur un écran.

Cas d'usage : observer l'évolution d'un lieu dans le temps (Copernicus)

Le programme européen Copernicus, piloté par l'Agence spatiale européenne, met à disposition gratuitement et sans restriction d'usage commercial ou non commercial l'ensemble des images captées par ses satellites Sentinel. Sentinel-2, le plus utile pour un usage courant, photographie l'ensemble de la surface terrestre tous les cinq jours avec une résolution de 10 mètres en lumière visible et proche infrarouge, suffisante pour repérer un changement de bâti, l'avancée d'un chantier, une zone brûlée ou inondée, ou l'évolution d'un couvert végétal sur plusieurs mois.

Copernicus Browser affichant une mosaïque Sentinel-2 de l'Europe, avec le panneau de sélection des collections de données (Sentinel-2 L1C/L2A) et le sélecteur de date

L'accès se fait via le Copernicus Browser, qui permet de choisir une zone, une période et un type de visualisation (couleurs naturelles, indices de végétation, détection d'eau). Une inscription gratuite (ou une navigation anonyme limitée) est demandée à l'ouverture, mais aucune carte bancaire n'est requise. Usage légitime : vérifier si un terrain a réellement été aménagé comme annoncé, documenter une catastrophe naturelle ou une déforestation dans une zone où l'accès terrain est impossible, ou simplement suivre l'avancement d'un grand projet d'infrastructure visible depuis l'espace.

Avantages : couverture mondiale et gratuite sans aucune restriction d'usage, historique remontant à 2015 pour Sentinel-2, plusieurs types de visualisation prêts à l'emploi (végétation, eau, incendies).

Limites : la couverture nuageuse peut masquer une zone plusieurs semaines d'affilée selon la saison, et la résolution de 10 mètres montre un bâtiment ou une route, pas un véhicule ni une personne. Pour un niveau de détail supérieur, il existe des fournisseurs d'imagerie commerciale (Maxar, Planet), mais leurs images ne sont plus gratuites. Une autre limite, plus récente, ne vient pas de Copernicus lui-même mais de la confiance qu'on accorde à l'imagerie satellite en général : en juillet 2026, une fonction de génération d'images intégrée à Google Earth a permis de superposer de fausses scènes sur de vraies données satellite, comme je le détaille dans cet article. Une raison de plus de toujours croiser une image virale avec une archive indépendante comme Copernicus plutôt que de se fier à une seule source.

Cas d'usage : suivre un avion en vol (Flightradar24)

Flightradar24 exploite la technologie ADS-B (Automatic Dependent Surveillance-Broadcast), un système qui oblige la plupart des avions commerciaux et une large part de l'aviation privée à diffuser en continu leur position GPS, leur altitude et leur vitesse. Plus de 50 000 récepteurs ADS-B, dont une bonne partie installés par des particuliers, captent ces signaux à travers le monde et les remontent aux serveurs de Flightradar24, qui les affiche en temps quasi réel sur une carte consultable gratuitement depuis un navigateur.

Carte en direct de Flightradar24 montrant des centaines d'avions suivis en temps réel au-dessus de la France, du Royaume-Uni et du Benelux, avec le classement des vols les plus suivis

L'usage OSINT le plus documenté de l'outil reste le suivi du vol MH17 en 2014 : les données Flightradar24 ont permis aux enquêteurs de reconstituer la trajectoire de l'appareil jusqu'à l'interruption brutale du signal ADS-B. Depuis, la même logique sert à des usages plus quotidiens : suivre un avion officiel ou d'affaires mentionné dans une actualité, vérifier la cohérence d'un déplacement annoncé publiquement, ou observer une perturbation du trafic aérien en temps réel (fermeture d'espace aérien, déroutements en série).

Avantages : gratuit et accessible sans compte pour le suivi en direct, couverture mondiale communautaire très dense sur l'Europe et l'Amérique du Nord, historique de vol consultable pour la plupart des appareils.

Limites : un avion peut désactiver son transpondeur ADS-B ou ne pas en être équipé, en particulier certains vols militaires ou gouvernementaux, ce qui le fait simplement disparaître de la carte plutôt que d'y apparaître sous une fausse position. Cette disparition elle-même, quand elle concerne un appareil habituellement visible, est parfois un signal en soi. L'historique de vol étendu et certaines fonctions avancées (vue 3D, météo aéronautique) restent réservées aux comptes payants.

Ce que ces deux outils ont en commun

Copernicus et Flightradar24 reposent sur le même principe que les autres outils de ce dossier : des données déjà publiques (images satellite en accès libre, signaux radio diffusés volontairement par les avions), recoupées pour répondre à une question précise. Ni l'un ni l'autre ne demande de compétence technique particulière, contrairement aux outils plus avancés vus dans l'article précédent de ce dossier : une carte et un navigateur suffisent pour commencer.

Pour aller plus loin : OSINT, outils accessibles et cas d'usage concrets et OSINT technique : cartographier une infrastructure avec Shodan, Maltego et SpiderFoot

Questions fréquentes

Peut-on suivre n'importe quel avion en temps réel ?

La plupart des vols commerciaux et une large part de l'aviation privée équipée d'un transpondeur ADS-B actif sont visibles. Certains vols militaires, gouvernementaux ou simplement des appareils dont le transpondeur est éteint n'apparaissent pas, ou disparaissent en cours de trajet.

Les images satellite Copernicus sont-elles vraiment gratuites et utilisables par tous ?

Oui, l'Union européenne a adopté dès l'origine du programme une politique de données ouverte et gratuite, sans restriction d'usage commercial ou non commercial. La seule limite pratique est la résolution (10 mètres pour Sentinel-2, insuffisante pour distinguer un véhicule) et la fréquence de passage, qui peut laisser une zone sans nouvelle image pendant plusieurs semaines en cas de couverture nuageuse persistante.

Ces techniques ont-elles déjà servi dans une enquête réelle ?

Oui, l'exemple le plus documenté reste le suivi du vol MH17 abattu au-dessus de l'Ukraine en 2014, où les données Flightradar24 ont servi à reconstituer la trajectoire de l'appareil jusqu'à la coupure du signal. L'imagerie satellite Copernicus est de son côté régulièrement utilisée par des ONG et des journalistes pour documenter des destructions ou des mouvements dans des zones inaccessibles au terrain.

Morgan Dutemple

À propos de l'auteur

Morgan Dutemple

Delivery Manager à Rennes. Je pilote des projets de transformation digitale, SEO/GEO et accessibilité RGAA pour des clients grands comptes. Ce blog est le reflet de ce que je rencontre sur le terrain.